Dans une tribune intitulée « Des caméras mal cadrées », la professeure Madeleine Mbongo Mpasi livre une analyse critique de la gestion médiatique du discours de Joseph Kabila, diffusé le 9 octobre dernier. Elle estime que les réactions suscitées par cette intervention ont contribué à amplifier sa portée, au point d’éclipser d’autres actualités nationales, notamment le 100ᵉ Conseil des ministres et l’annonce du lancement de la technologie 5G.
Selon elle, cette séquence illustre les limites d’une communication politique davantage portée sur les réactions immédiates que sur une stratégie réfléchie. Elle relève que plusieurs responsables politiques et communicants ont multiplié les prises de parole pour répondre à ce qu’elle qualifie de « sortie médiatique infructueuse ». Pourtant, ces interventions auraient, selon son analyse, contribué à maintenir le discours au centre de l’attention publique.
S’appuyant sur le concept d’« effet Streisand », Madeleine Mbongo Mpasi rappelle qu’une tentative visant à limiter la diffusion d’un contenu peut paradoxalement accroître sa visibilité. Elle évoque notamment le cas de l’actrice américaine Barbra Streisand, dont la démarche judiciaire contre la publication d’une photographie aérienne de sa résidence avait contribué à attirer davantage l’attention sur celle-ci. Pour la professeure, cet exemple illustre les risques d’une réaction excessive face à un contenu médiatique.
Dans sa réflexion, elle mobilise également les travaux de Robert Entman sur les mécanismes de cadrage médiatique et la construction des scandales politiques. Elle souligne que l’amplification d’un événement ne dépend pas uniquement de son importance initiale, mais aussi de la manière dont les acteurs politiques, les médias et les autres intervenants le présentent et le commentent. À ses yeux, certaines controverses prennent ainsi une ampleur disproportionnée sous l’effet des réactions successives.
Face à ce type de situation, l’universitaire préconise une communication de crise fondée sur une analyse méthodique plutôt que sur des réponses dispersées. Elle recommande notamment de privilégier une position commune et cohérente, tout en examinant les questions soulevées, les responsabilités éventuelles et les valeurs sur lesquelles repose le récit qui mobilise l’opinion publique. L’objectif serait d’éviter d’alimenter davantage la polémique par des contre-attaques répétées.
Pour ce faire, Madeleine Mbongo Mpasi met en garde contre une conception de la communication réduite à la multiplication des prises de parole et à la possession d’outils de diffusion. Dans un environnement marqué par la surabondance de l’information, elle rappelle que le journalisme et la communication exigent des compétences d’analyse, de sélection et d’interprétation.