L’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement la République démocratique du Congo demeure particulièrement préoccupante. Mardi 18 août, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a averti que la situation était « loin d’être maîtrisée », alors que le risque d’une propagation plus importante à l’intérieur comme à l’extérieur du pays reste élevé.
Déclarée officiellement le 15 mai dernier, cette 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC touche principalement des régions du nord et de l’est du pays, confrontées à l’insécurité, aux déplacements de populations et à la faiblesse des infrastructures sanitaires. Selon l’OMS, près de 5 000 personnes ont déjà été infectées et plus de 2 300 sont décédées dans six provinces et 55 zones de santé.
« Depuis lors, l’épidémie s’est propagée rapidement et le risque d’une propagation nationale et internationale plus importante reste élevé », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus à l’ouverture d’une réunion du comité d’urgence de l’OMS. Il a insisté sur la gravité de la crise : « Il faut être franc : l’épidémie est loin d’être maîtrisée. »
Face à cette progression, l’OMS a décidé de maintenir l’épidémie au rang d’urgence de santé publique de portée internationale. L’organisation prévoit de publier de nouvelles recommandations à l’intention de la RDC et des autres pays exposés.
« Nous appelons tous les gouvernements et tous les partenaires à coopérer et à agir de concert pour intensifier encore davantage les efforts et mobiliser les ressources nécessaires à la protection des communautés au cours des prochains mois », a lancé le chef de l’OMS.
L’ampleur de la crise dépasse désormais celle de l’épidémie survenue entre 2018 et 2020 dans l’est de la RDC, laquelle avait causé 2 299 décès sur 3 381 cas confirmés. En seulement trois mois, l’épidémie actuelle a également enregistré une progression beaucoup plus rapide que celle observée au début de la grande crise d’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016. Elle est aujourd’hui considérée comme la deuxième plus importante épidémie d’Ebola jamais recensée dans le monde.
Plusieurs facteurs compliquent la riposte, notamment les conflits armés, les déplacements massifs et les nombreux mouvements de personnes sur les routes, les cours d’eau et les axes menant aux sites miniers.
« Elle a pris une longueur d’avance considérable, et nous sommes toujours en train de rattraper notre retard », a reconnu Tedros Adhanom Ghebreyesus. L’identification tardive des malades demeure également un problème majeur, plusieurs décès survenant en dehors des listes de contacts suivis.
Le ministre congolais de la Santé, Samuel Roger Kamba, a expliqué que les premiers symptômes liés à la souche Bundibugyo, notamment la fièvre et les maux de tête, peuvent paraître bénins et retarder le diagnostic. « Les malades ont le temps de rester dans la communauté et d’aller contaminer d’autres personnes » avant l’aggravation de leur état, a-t-il souligné. La riposte se heurte aussi à la méfiance de certaines communautés, comme l’illustrent les récentes attaques contre des ambulances et des agents de santé en Ituri.
Pour inverser la tendance, les autorités congolaises, l’OMS et leurs partenaires souhaitent intensifier et décentraliser les interventions sanitaires afin de les rapprocher des populations. « Nous devons avoir d’autres stratégies » et « innover » pour « arriver à travailler avec nos communautés », a plaidé Dieudonné Mwamba, directeur de l’Institut national de santé publique. Alors que l’Union européenne annonce l’envoi de tests de dépistage d’une valeur de 2,5 millions d’euros, l’OMS estime qu’il est encore impossible de déterminer quand cette épidémie pourra être totalement maîtrisée.