Les présidents de la République démocratique du Congo, de l’Ouganda, du Burundi et de la République centrafricaine, ainsi que le directeur général d’Africa CDC, appellent à une mobilisation constante de la communauté internationale pour faire face aux épidémies. Dans une tribune commune, Évariste Ndayishimiye, Félix-Antoine Tshisekedi, Faustin-Archange Touadéra, Yoweri Kaguta Museveni et Jean Kaseya mettent particulièrement l’accent sur la nécessité d’un financement rapide, transparent et adapté aux priorités des pays africains.
« Le financement d’urgence est efficace lorsque les pays dirigent, qu’Africa CDC coordonne et que les partenaires soutiennent - et lorsque chaque dollar est traçable, de l’engagement au résultat sur le terrain », écrivent les cinq signataires. Ils estiment que l’efficacité de la riposte repose notamment sur une meilleure coordination entre les gouvernements africains, les institutions régionales et les partenaires internationaux.
Les dirigeants alertent également sur les conséquences des retards dans le décaissement des fonds destinés aux interventions sanitaires.
« Chaque jour de retard dans le financement signifie qu’un village de plus attend un traitement, qu’une équipe de surveillance supplémentaire ne peut atteindre une communauté et qu’une nouvelle occasion est offerte à Ebola de se propager », soulignent-ils. Pour eux, les engagements financiers doivent rapidement se traduire en actions concrètes sur le terrain.
À ce jour, environ 1,2 milliard de dollars d’engagements ont été annoncés. Mais les signataires insistent sur la nécessité de dépasser le stade des annonces. « Ce ne sont pas les annonces qui permettent de contenir les épidémies », affirment-ils, estimant que ce sont plutôt « les engagements (qui) se transforment en financements rapidement décaissés, alignés sur les priorités nationales et convertis en résultats mesurables sur le terrain ».
Sur la question de la redevabilité, les cinq responsables défendent une approche donnant une place centrale aux pays africains. « En matière de redevabilité et d’alignement, les pays dirigent, Africa CDC coordonne et les partenaires soutiennent », rappellent-ils. Cette méthode, expliquent-ils, doit refléter « les principes d’appropriation par les pays, d’alignement sur les priorités nationales, de transparence et de redevabilité mutuelle ». Ils saluent également les efforts de mobilisation internationale ayant permis d’obtenir le soutien de plusieurs partenaires, notamment la Banque mondiale, les États-Unis, l’Europe, le Royaume-Uni, le Japon, la Chine et la Banque africaine de développement.
Placer les pays aux commandes
Les dirigeants africains plaident par ailleurs pour un renforcement du rôle des gouvernements dans la conduite des ripostes sanitaires. « Les gouvernements portent la responsabilité première de protéger leurs populations et doivent donc être en mesure de diriger et de coordonner la riposte », rappellent-ils. Ils ajoutent que cette responsabilité nécessite une visibilité complète sur les ressources disponibles et leur utilisation. La coopération régionale est également jugée indispensable, notamment pour harmoniser les réseaux de laboratoires et les protocoles de surveillance, renforcer les capacités de réponse et mieux gérer les risques sanitaires transfrontaliers.
Enfin, les signataires appellent à investir avant l’apparition des prochaines urgences sanitaires.
« Ebola sera finalement vaincu village par village, communauté par communauté. Mais le modèle de financement qui soutient cette riposte déterminera la rapidité avec laquelle des vies seront sauvées et le degré de préparation des pays face à la prochaine épidémie », écrivent-ils.
Avec l’OMS, Africa CDC entend notamment veiller à ce que chaque engagement se traduise par un décaissement traçable et par des résultats mesurables. « Le financement mondial ne doit pas imposer un choix entre l’appropriation nationale et la coordination régionale. Il doit investir dans les deux rapidement, de manière transparente et de façon à laisser les pays et les institutions africaines plus solides avant le début de la prochaine urgence », concluent-ils.